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« La vraie Vie parisienne, dont rêvait Offenbach »

« La vraie Vie parisienne, dont rêvait Offenbach » - Jean Christophe Keck, musicien

 

Au sujet de la version du Palazetto Bru Zane de l’opéra-bouffe d’Offenbach

Contrairement à ce que voudrait faire croire Bru Zane dans le seul but de justifier la démarche fantaisiste exposée dans son édition, Offenbach n’a jamais exprimé le moindre regret d’avoir du renoncer à une version plus lyrique de sa Vie parisienne. Au contraire. Il a déclaré publiquement la satisfaction qu’il rencontrait à travailler avec des artistes plus comédiens que chanteurs.

Tout ce qu’il a laissé à l’état d’esquisses, tous les morceaux qu’il a souhaité supprimer ou remplacer, il ne les a jamais réutilisés lors d’une reprise avec des artistes lyriques chevronnés, que ce soit à Vienne, à Bruxelles ou plus tard au Théâtre des Variétés. Ou bien dans d’autres œuvres, comme il lui arrivait parfois de le faire. La comparaison avec La Grande Duchesse de Gérolstein est sur ce point tout à fait significative. Devant les bouderies du public parisien jugeant l’acte II trop long, Offenbach est contraint de supprimer le final de cet acte. Or, dès qu’il fait représenter l’œuvre à Vienne, il s’empresse de réintégrer ce final auquel il tient. Idem pour d’autres fragments supprimés à Paris. C’est tout le contraire pour La Vie parisienne, où Offenbach n’a eu de cesse de raccourcir et condenser son ouvrage. Et ce, dès les premières représentations. Comment peut-on alors proclamer que cette Vie parisienne "made in Bru Zane" faite de brouillons abandonnés et de morceaux supprimés est « la version dont rêvait Offenbach » ? Pure invention. Ce n’est pas de la musicologie, mais de la communication à la mode actuelle.

 

Analyse

Triolet de Gardefeu. Bru Zane remplace la version définitive d’Offenbach par une version primitive que le compositeur avait décidé d’abandonner avant la création de 1866. D’ailleurs, lors de la reprise de 1873, il n’est pas question pour le compositeur de ressortir de ses cartons cette version abandonnée. Il préfère fournir une nouvelle orchestration de la version définitive. La différence de qualité est nette entre la version primitive abandonnée (forme de rengaine ABABAB) et la version définitive plus élaborée (AB C AB) et délicate.

Entrée du brésilien Offenbach n’était certainement pas satisfait du début de ce numéro dont la musique anecdotique (citation d’une de ses précédentes partitions, « Le Brésilien ») fait traîner en longueur l’action dramatique. Et c’est pour cela qu’il choisit de remplacer cette petite scène par un de ses chœurs les plus vifs et les plus célèbres « A Paris nous arrivons en masse » pour annoncer d’une façon tonitruante l’arrivée du brésilien. Bru Zane a choisi, contre la volonté du compositeur, de remplacer la version définitive par la version abandonnée.

Air du brésilien. Offenbach écrit une première version de la coda de cet air. Apparemment mécontent du résultat, il la rature dans son manuscrit et en écrit une seconde qui sera jouée à la création et que l’on connaît aujourd’hui. En réintroduisant simplement les mesures coupées, Bru Zane fait enchaîner les deux codas, avec chacune cadence parfaite et point d’orgue. Une aberration.

Final de l’acte 1. Toujours pour des raisons dramaturgiques évidentes, Offenbach lors des répétitions choisit de couper quelques mesures de transition orchestrale avant l’ultime chœur général « La vapeur nous entraîne ». Bru Zane a choisi contre la volonté du compositeur de les réintroduire en orchestrant de la musique laissée à l’état d’esquisses et raturée. Le choix de remplacer dans le chœur le texte définitif de Ludovic Halévy par une version primitive abandonnée est tout aussi injustifié.

Duo de la gantière et du bottier. Afin de faire du « neuf » à tout prix, et allant l’encontre des volontés du compositeur, Bru Zane se permet de réintroduire quelques mesures qu’Offenbach avait sciemment coupées dans son introduction orchestrale afin d’éviter une redite et de permettre au personnage une entrée en scène plus resserrée.

Final de l’acte 2. Après la fin de l’air de Gabrielle, Bru Zane choisit de remplacer la partition définitive d’Offenbach, Meilhac et Halévy, par des esquisses pour voix et piano d’une version primitive abandonnée. Dans ces esquisses dont le contenu est inabouti figurent les parties vocales, mais l’accompagnement piano reste fragmentaire. La démarche de vouloir remplacer une version aboutie et approuvée par des brouillons nécessitant une orchestration apocryphe et de vouloir faire passer cela pour une version « originale dont rêvait le compositeur » va à l’encontre des volontés des protagonistes et de toute démarche musicologique sérieuse et respectable. Et du point de vue purement théâtral, c’est se priver d’un des sommets de La Vie parisienne, la célèbre tyrolienne.

Chœur d’entrée de l’acte 3. Tout comme Bru Zane se permet d’ajouter ça et là des musiques de scène de son invention en se référant simplement à des didascalies figurant dans une version archaïque du livret, il se permet de supprimer les numéros qui ne figurent pas dans ce document primitif. Comme par exemple ce chœur d’entrée de l’acte 3.

Air d’Urbain. Offenbach est connu pour son sens de la dramaturgie. Il n’hésitait pas à couper des numéros entiers s’il jugeait que leur longueur était préjudiciable au rythme de la pièce. Ce fut le cas pour plusieurs numéros de l’acte 3, dont ces couplets d’Urbain - qui ne sont certes pas un chef d’œuvre et l’on comprend pourquoi Offenbach n’hésita pas à les supprimer après les avoir « testés » pendant quelques représentations. Pourtant Bru Zane les réintroduit, et dans une tonalité qui n’est pas celle voulue par le compositeur.

Trio diplomatique. Il en va de même pour ce trio diplomatique qu’Offenbach abandonna rapidement sans l’avoir orchestré. Autant ce numéro mérite de par ses qualités de figurer dans les annexes d’une édition, parti que nous avons pris dans le cadre de l’OEK, autant il est contraire aux volontés des protagonistes de vouloir le réintroduire dans la pièce.

Quintette. Idem pour ce numéro rapidement supprimé par le compositeur afin de resserrer l’action dramatique d’un troisième acte déjà très (trop) long. Pourtant Bru Zane y rétablit ce quintette contre les volontés d’Offenbach…

Ensemble de l’habit. Retour à une version primitive où deux rôles masculins disparaissent. Une fois encore, cette version primitive a sa place dans les annexes d’une édition à titre documentaire, mais ne doit en aucune façon remplacer la version définitive approuvée par le compositeur.

Final de l’acte 3. La version définitive de ce numéro aboutit sans conteste à un des sommets de l’opéra-bouffe. Avec un crescendo dans la montée des plaisirs et de la griserie dont seuls sont capables Mozart, Rossini et Offenbach. Vouloir remplacer ce chef d’œuvre par son brouillon qu’Offenbach laissa à l’état d’esquisses pour voix avec quelques bribes d’accompagnement pour piano, va à l’encontre de toute logique artistique, théâtrale et musicologique.

Acte 4. Il convient de rappeler que la version utilisée par Bru Zane dans le corpus de son édition a été laissée par Offenbach à l’état d’esquisses dans lesquelles on trouve les parties vocales et un accompagnement piano fragmentaire. En 2013 nous avons publié cet acte en annexe de notre édition, et nous avons donc fait un travail de reconstitution (en remplissant les trous laissés par Offenbach) et en orchestrant le tout. Bien entendu mon but a été de faire au plus simple, au plus efficace, et d’harmoniser et orchestrer dans le même langage que celui d’Offenbach. Or, curieusement, et peut-être pour éviter d’être accusé de plagiat, Bru Zane s’emploie à faire « différent » de notre édition dans tous ces passages en question, n’hésitant pas ainsi à prendre des chemins harmoniques qui sont tout sauf naturels. Le résultat n’est vraiment pas heureux… Sans parler de l’orchestration qui n’est pas très… « offenbachienne ». Ce qui tendrait à prouver que Bru Zane connaissait parfaitement notre publication lorsqu’il a décidé d’en publier son édition déclarée à grand renfort de publicité comme « inédite ».

Acte 5. Le champ de bataille de Bru Zane. S’appuyant sur une version primitive du livret, version finalement rejetée par Offenbach et ses librettistes devant le constat que « ça ne fonctionne pas », Bru Zane supprime des numéros (l’ensemble « je te connais », la musique de sortie qui suit le duo entre le brésilien et la gantière), modifie et déplace au cœur de l’acte le final (devenu scène et ronde), ajoute des musiques de scène réalisées par eux-mêmes d’après de simples mentions dans le livret primitif (mêlant des chants populaires à d’autres œuvres d’Offenbach), remplace l’introduction flamboyante de la version définitive du rondo de Métella par une esquisse abandonnée par les protagonistes (ce qui affaiblit considérablement l’entrée de l’héroïne). Après tout ce « bricolage », l’acte 5 ressort très affaibli, autant du point de vue dramatique que musical, son déroulement devient difficile à suivre et tout cela se termine « en queue de poisson ».  

 

 

 

 

 

La Périchole…

La Périchole… - Jean Christophe Keck, musicien

 


Il y a quatre ans Marc Minkowski dirigeait mon édition de La Périchole à Salzbourg. L’année suivante il la dirigeait à Bordeaux et en enregistrait une version (tronquée) pour le label du Palazzeto Bru Zane. La saison prochaine Marc Minkowski dirigera une production de La Périchole au Théâtre des Champs- Élysées, mais ce ne sera pas avec mon édition car le Palazzetto Bru Zane propose au TCE de leur faire pour l’occasion une nouvelle édition gratuite… Ça s’appelle comment ce genre de procédés ? Est ce vraiment la mission d’une fondation de faire concurrence à une entreprise qui depuis plus de 20 ans et sans la moindre subvention se démène pour valoriser et faire jouer un patrimoine qui auparavant n’intéressait pas grand monde. J’imagine par analogie la réaction des boulangers parisiens et de leur syndicat si demain une fondation se lançait dans la fabrication de pain et décidait d’en offrir gracieusement à tous les habitants de la ville…

La fausse Vie parisienne "dont rêvait Offenbach"...

La fausse Vie parisienne "dont rêvait Offenbach"... - Jean Christophe Keck, musicien
Le 12 octobre 1866, quinze jours avant la création de La Vie parisienne, Offenbach et ses librettistes décident de refaire les actes IV et V. Ils « ne nous ont pas donné au théâtre ce que nous en attendions. Il faut les refaire et nous les refaisons. » note Ludovic Halévy dans ses carnets. On connaît ensuite le triomphe que le public a réservé à la version remaniée... Si Offenbach avait eu le moindre regret d’avoir dû sacrifier des pages de La Vie parisienne laissées à l’état d’esquisses ou abandonnées seulement à cause de la déficience vocale des comédiens du Palais Royal, il aurait certainement réintroduit cette musique lors des reprises à Vienne ou aux Variétés, là où il disposait d’excellents chanteurs. Ce ne fut pas le cas. Au contraire. Il a toujours clamé qu’il était finalement très content du résultat et du plaisir que lui procuraient les artistes de la création et n’a eu de cesse de resserrer l’action de la pièce et donc sa partition. Alors quand on nous présente aujourd’hui une fausse "Vie parisienne dont rêvait Offenbach”… Pure fable. 
 
Offenbach écrit à ses librettistes le 22 juillet 1866, trois mois avant la première : « Je ne puis faire le finale [de l’acte III] que si vous me le mettez debout. Après l’ensemble, donc, et avant la 1re chanson à boire, il me faut des détails entre les artistes, comme : “Quel vin voulez-vous ?”, ou “Quel vin buvez-vous ?” Tout le monde veut servir le baron. Pauline veut lui adresser des tendresses, etc., etc. Puis la chanson. Après le chœur, il me faut également des bredouillis pour arriver à la griserie. On peut boire à la santé de tout le monde, tout en versant au baron toujours et sans cesse. [..] Ma part est très difficile dans ce finale pour arriver, par gradation, à un grand effet ».
 
Disparu tout ce grand final du III, un des meilleurs qui soit et dont Offenbach était si fier, dans la production du Palazzetto Bru Zane vue hier au soir sur Arte, et pour être remplacé par des esquisses (complétées et orchestrées ad hoc) que le compositeur avait abandonnées. Et on voudrait nous faire croire que ce qu’on nous a montré, c’est « La Vie parisienne dont Offenbach rêvait »… Supercherie.

La Vie parisienne d’Offenbach. Rendons à César ce qui lui appartient...

La Vie parisienne d’Offenbach.

Rendons à César ce qui lui appartient...

 ... et rendons à l'Offenbach Edition Keck (Boosey & Hawkes) le quatrième acte « inédit » que les éditions du Palazzetto Bru Zane présentent et publient aujourd'hui comme une découverte inédite, alors que la quasi totalité de cet acte a été représentée au Festival de Bruniquel et au Volksoper de Vienne en 2013 - l'acte complet ainsi que d'autres fragment (esquisses ou numéros abandonnés par le compositeur) ayant été intégralement publiés par nos soins sur le net.

- Quatuor "Jean le cocher" : https://youtu.be/BKIl0OYxr2I 

- Trio des ronflements (en allemand) : https://youtu.be/ghteQzDOTqg 

- Fabliau de la baronne (en allemand) : https://youtu.be/4IGMR7osIiU 

- Fabliau de la baronne : https://youtu.be/r5iPLHr8RyM 

 

- Partitions (annexes de notre édition) : https://www.boosey.com/cr/perusals/score?id=39361  

  http://www.dicoffenbach.com/1/publications_1452249.html

- Divers fichiers audio sur la chaine Youtube d'Orphée 58 : https://www.youtube.com/channel/UCuoedIstudugSfZcGZRY2vA/videos 

 

 

Les Contes d'Hoffmann

COMMUNIQUE DE PRESSE

Les Contes d'Hoffmann de Jacques Offenbach : une découverte tant attendue...

Après trente années de recherches passionnées, c'est grâce à l'aide précieuse de la

famille Offenbach que le musicologue spécialiste du compositeur Jean Christophe Keck

a retrouvé et identifié la partition d'orchestre autographe des deux premiers actes des

Contes d'Hoffmann, c'est à dire le prologue et l'acte d'Olympia. Ces documents que

l'on croyait perdus viennent enfin compléter l'ensemble des sources relatives à cet

opéra fantastique, véritable testament musical du compositeur, et un des opéras les

plus jouées dans le monde, malgré les problèmes de versions justement dus à l'absence

de sources fiables. Cette découverte majeure pour la musicologie et le théâtre lyrique

en général devrait apporter des réponses à bien des questions et enfin permettre une

édition définitive de ce chef d’oeuvre du répertoire français.

 

PRESS RELASE

The Tales of Hoffmann – a long-awaited discovery               

After 30 years of intense and passionate research, the musicologist and Offenbach specialist Jean-Christophe Keck, assisted by the Offenbach family, recently managed to recover and identify the original manuscript score of the first two acts of Les Contes d'Hoffman (The Tales of Hoffmann), i.e. the Prologue and the Olympia act. These sources, considered to be lost, now complete the existing original material of this fantastic opera, Offenbach's musical testament which - despite the complicated situation of sources - is among the most performed works of the operatic repertoire. This discovery is of the utmost importance for musicology as well as for stage practice. It will help in providing answers to lingering questions about the work as well as permit the creation of a definitive edition of this masterpiece of the French repertoire.

 

PRESSEMITEILUNG

Hoffmanns Erzählungen – eine lang erwartete Entdeckung

Nach 30 Jahren intensiver und leidenschaftlicher Recherche ist es dem Musikwissenschaftler und Offenbach-Spezialisten Jean-Christophe Keck mithilfe der Familie Offenbach soeben gelungen, das Partitur-Autograph der beiden ersten Akte der Contes d’Hoffmann aufzufinden und zu identifizieren, d.h. den Prolog und den Olympia-Akt. Diese Dokumente, die man für verschollen hielt, komplettieren die bereits vorhandenen Quellen zu dieser phantastischen Oper, Offenbachs musikalischem Testament, die trotz der komplizierten Quellenlage zu den meistgespielten Werken der Opernliteratur gehört. Dieser Sensationsfund ist von größter Bedeutung für die Musikwissenschaft wie für die Bühnenpraxis. Er erlaubt Antworten auf eine Reihe von nach wie vor offenen Fragen und ermöglicht nunmehr eine definitive Ausgabe dieses Meisterwerks des französischen Repertoires. 

 

 NOTA DE PRENSA

 

 Los cuentos de Hoffmann: un descubrimiento muy esperado

 

 Después de treinta años de apasionante búsqueda, gracias a la ayuda inestimable de la familia Offenbach, Jean Christophe Keck, musicólogo especialista en el compositor, ha encontrado e identificado la partitura de orquesta autógrafa de los dos primeros actos de Los cuentos de Hoffman, es decir, el prólogo y el acto de Olympia. Estos documentos, que se creían perdidos, vienen finalmente a completar la totalidad de las fuentes relativas a esta ópera fantástica, auténtico testamento musical del compositor y una de las óperas más interpretadas en el mundo, a pesar de los problemas de versiones debidos, precisamente, a la ausencia de fuentes fiables. Este importante descubrimiento para la musicología y para el teatro lírico en general debería aportar respuestas a multitud de cuestiones y permitirá finalmente una edición definitiva de esta obra maestra del repertorio francés.