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Les Contes d'Hoffmann : dernière trouvaille - 13 février 2016

Les Contes d'Hoffmann : dernière trouvaille - 13 février 2016 - Jean Christophe Keck, musicien

Résumons d'abord la situation en ce qui concerne les sources. Pour mémoire, Offenbach a laissé sa partition quasiment achevée sous forme de chant-piano prêt à être orchestrée. C'est à dire le prologue et les trois actes suivants (Olympia, Antonia, Giulietta). Quant à l'épilogue, il n'a laissé que des esquisses. Cette partition a été utilisée lors des répétitions en présence d'Offenbach durant les derniers jours de sa vie. A la mort du maître, c'est à Ernest Guiraud que revient la tâche d'orchestrer la partition, de la compléter (le prélude, les entractes et les mélodrames), et de mettre sur pieds un épilogue en utilisant les esquisses laissées par Offenbach. 

Cette partition où apparait donc l'écriture d'Offenbach pour les parties vocales et celle du piano, ainsi que l'écriture de Guiraud pour les parties instrumentales, cette partition étrangement disloquée acte par acte et éparpillée de par le monde, nous en connaissions la situation, du moins en ce qui concerne plusieurs fragments. L'acte d'Antonia et l'ultime reconstitution de l'épilogue (Guiraud en a tenté plusieurs) se trouve à la Bibliothèque Nationale de France. L'acte de Giulietta se trouve dans les archives de la famille Offenbach. Toutes les coupures faites la veille de la création se trouvent en partie aux Etats-Unis à la Bibliothèque Universitaire de Yale ainsi que dans mes propres archives (le finale de l'acte). Il nous manquait donc le prologue et l'acte d'Olympia pour connaitre précisément les dernières volontés musicales d'Offenbach. Depuis des années je cherchais ce manuscrit. Grâce à l'aide précieuse de la famille Offenbach, nous l'avons enfin trouvé ce samedi 13 février. Fait étrange : je venais justement de rédiger le texte de la conférence que je donne ce soir à Berlin sur Les Contes d'Hoffmann où je m'apprêtais à expliquer au public qu'une grande partie du manuscrit autographe des Contes d'Hoffmann n'est toujours pas localisé. Je dois corriger ma copie. Mais avec quelle bonheur ! Quels frémissements ! Et quelle joie indicible. J'espère au moins que cette découverte majeure va nous permettre d'avancer dans une situation éditoriale qui s'enlise depuis des années et des années.

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

Offenbach dénaturé - Samedi 24 février 2007

 Ce vendredi 23 février, un article paru dans Le Figaro m’interpelle. Il s’agit d’une interview recueillie par Jean-Louis Valdire auprès de Loic Boissier et Benjamin Levy, les principaux protagonistes de la troupe « Les Brigands » qui donne actuellement au Théâtre de l’Athénée une adaptation de la pièce éponyme d’Offenbach. A en croire des déclarations qui n’ont d’autres buts que de justifier les arrangements musicaux pratiqués sur la partition du père des Contes d’Hoffmann« les matériels d’orchestre ont malheureusement disparus »« au théâtre des Bouffes Parisiens, il n’y avait pas quarante musiciens dans la fosse qui est microscopique »… Devant une pareille mystification, je suis en droit de me demander à quoi sert finalement le travail d’édition musicologique entrepris autour de l’œuvre d’Offenbach depuis bientôt dix ans ? A quoi sert mon combat de trente ans pour un « Offenbach authentique » ? Il suffit pourtant d’aller sur Internet pour constater qu’il existe une édition critique des Brigands, les matériels d’orchestre, ni même le manuscrit autographe n’ayant jamais disparu (ce dernier passait d’ailleurs en vente chez Sothebys il y a quelques années). Quant à la légende des fausses d’orchestres minuscules ne pouvant contenir que quelques musiciens, je pensais qu’elle a avait vécu. Il suffit de consulter une biographie sérieuse d’Offenbach pour savoir que les théâtres où furent crées ses pièces ont été particulièrement réorganisés depuis un siècle (privilégiant le confort du public au détriment de l’espace artistique), que la fosse des Bouffes-Parisiens (passage Choiseul) pouvait contenir une trentaine de musiciens, et celle des Variétés (où ont été créé Les Brigands), entre 30 et 40… Je me souviens du même genre de déclarations faite par Laurent Petitgirard il y a plus de 20 ans, au sujet de son orchestration nouvelle de La Vie parisienne représentée au Châtelet – il soutenait alors qu’Offenbach n’avait jamais orchestré sa partition... Le manuscrit autographe est pourtant bien localisé et une édition critique a été publiée depuis et jouée de par le monde. Mais que n’inventerait on pas pour justifier la nécessité d’un travail d’adaptation et les nombreux avantages qui peuvent en découler… Donc, si j’en crois les déclarations de nos deux «Brigands », je ne peux que constater, avec amertume, que les mentalités n’ont pas beaucoup évolué en un quart de siècle. Pourtant, j’ai l’impression qu’on vole le public en lui vendant des OGM (de l’Offenbach génétiquement modifié) au lieu de l’original. Malheureusement, peu s’en indignent. Pensez-vous qu'Offenbach mérite plus qu’un autre un tel traitement musical ?Applaudirait on avec autant d’enthousiasme à un Verdi ou un Wagner orchestralement dénaturé, et de surcroît pour 15 instruments ? Ce n’est pas la même chose, me répondront certains ! Ah bon ? Ce genre de ségrégations aussi, je pensais qu’elles n’avaient plus lieu d’être depuis la redécouverte de chefs d’œuvres comme Les Fées du Rhin ou Fantasio… Ce qui est d’autant plus regrettable, en ce qui concerne le spectacle de l’Athénée, c’est que cet opéra bouffe pourrait être joué dans son instrumentation originale avec seulement 18 musiciens (en diminuant l’effectif de cordes à un minimum indispensable). Le texte original serait sauvé et on pourrait ainsi apprécié à sa juste valeur le génie mozartien d’Offenbach. Ce ne doit pas être l’avis de Benjamin Levy, qui déclare en guise de conclusion : « C’est aussi une musique en friche.  Il y a des partitions à redécouvrir qui ont été malmenées dans certaines interprétations » Effectivement, celle de la troupe des Brigands en est bien le dernier exemple en date…  « On a l’impression qu’il faut se réapproprier ce répertoire pour lui rendre hommage ». Le plus bel hommage à lui rendre, c’est avant tout de le respecter en rendant justement à César, ou plutôt à Offenbach, ce qui lui appartient. 

LES CONTES D'HOFFMANN

LES CONTES D'HOFFMANN : la vérité sur la partition retrouvée à l'Opéra de Paris l'été dernier. Cliquez sur le lien suivant : www.jacquesoffenbach.net 

LES CONTES D'HOFFMANN

LES CONTES D'HOFFMANN : nous avons créé un site spécialement destiné à recevoir nos articles et communiqués à ce sujet. Vous pouvez vous y rendre en cliquant sur le lien suivant : www.jacquesoffenbach.net  - Nous venons de signer un contrat de co-édition afin de réaliser une édition commune (Schott / Boosey) avec Michael Kaye. Nous vous donnerons bientôt des informations détaillées à ce sujet. 

JUIN 2004 : LA FIN DE TRAFALGAR SUR UN VOLCAN : UN VERITABLE CONTE DE FEE...

JUIN 2004 : LA FIN DE TRAFALGAR SUR UN VOLCAN : UN VERITABLE CONTE DE FEE...

Au fil de mes visites aux Archives Nationales, alors que je consultais le carton des Bouffes Parisiens 1855 pour y découvrir l’ensemble des livrets de censure d’Offenbach, j’étais systématiquement attiré par une pièce de Méry et L’Epine du nom de « Sur un volcan ». C’est peut-être le coté Jules Verne du titre qui me fascinait. Toujours est il que, bien que n’ayant pas été conçu pour être mis en musique par Offenbach, ce cahier jaune semblait m’appeler. Et puis voilà qu’il y a trois ans, lors d’une vente aux enchères à Drouot, le manuscrit musical de Trafalgar sur un volcan (le titre originel de la pièce) ressort de l’ombre pour être dispersé, et à sa première consultation, je découvre qu’Offenbach a très largement collaboré avec L’Epine (lui-même agissant peut-être comme prête-nom du Duc de Morny…).  Après une bataille acharnée, et grâce au soutien de mon ami Gérard Fromm, j’arrive à acquérir le précieux document. En comparant celui-ci avec le livret de censure, je découvre malheureusement qu’il manque le dernier numéro musical de la pièce.  Cela posera donc des problèmes pour l’édition et me demandera obligatoirement une reconstitution. Le travail ne sera pourtant pas très difficile, car je peux constater qu’Offenbach, après avoir remplacé tout un numéro par un mélodrame (figurant à la fin de mon manuscrit) compte reprendre, comme à son habitude, le « tube » de la pièce pour conclure celle-ci… 

Les années passent. J’enregistre l’ouverture de Trafalgar avec l’Orchestre National de Montpellier (à paraître bientôt chez Forlane). La musique est excellente. Marc Minkowski la joue en concert. Au mois d’avril prochain, nous donnerons la pièce complète en version concertante avec l’Orchestre des Concerts Pasdeloup. Et puis voilà qu’il y a quelques semaines, j’apprends que deux pages de Trafalgar sont vendues à Londres chez Sothebys. Après moultes réflexions, je me porte acquéreur et les achète sans avoir pu les consulter. Je les reçois aujourd’hui et constate qu’il s’agit bien de la fin de « mon » Trafalgar. Mais, horreur ! il manque encore quelques mesures. Et c’est là qu’une intuition vient me traverser l’esprit. Il y a un mois, un ami collectionneur d’autographes m’a communiqué la copie d’une page afin que je l’identifie. Il s’agit de quelques mesures finales d’une pièce parmi tant d’autres. Et je ne peux pas en dire plus. En revanche, et cela tient du fabuleux, en comparant cette copie et les pages de Sothebys, je constate que ce sont bel et bien les toutes dernières mesures deTrafalgar. Outre la parfaite concordance musicale, chacune des pages manuscrites porte un envoi de Jacques Brindejont Offenbach daté de Juillet 1939. Les éléments du puzzle sont tous rassemblés. Le manuscrit est enfin complet…

Quelle coïncidence ! Alors que ces deux pages ont été offertes à des personnes différentes, qu’elles ont très certainement eu un cheminement bien différent, elles sont vendues au même moment, mais dans deux pays différents et finissent par retourner à leur place originelle, à savoir le manuscrit complet de la pièce… C’est tout de même fabuleux. Après un pareil signe, il me semble indispensable d’enregistrer cette pièce afin de l’immortaliser… 

N.B : On frémit à l'idée de penser que nombreuses pages d'Offenbach ont été offertes une par une à des amis de la famille, avec un petit envoi des plus sympathiques... disloquant ainsi des manuscrits complets et précieux...